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La rime en…

Quand la rime devient sujet du poème

La rime en AK

A première vue, je me sens d’attaque

Pour tirer une salve de AK

Je suis prêt à casser la baraque

Je tape, je cogne, je matraque.

 

Deux ou trois verres de Cognac

Et je vide littéralement mon sac

J’insulte les Bretons du Larzac

Et les Basques de Carnac ou d’Aurillac.

 

Je crie au scandale, à l’arnaque

Tous ces bleds qui terminent en « ac »

Ça suffixe à la fin, j’en ai ma claque

Ça me donne de l’urticaire en plaques !

 

Je ferme les yeux et je vois des Jonzac

Des Bergerac, des Mérignac des Jarnac

Je ne dors plus, je deviens insomniaque

Je ne sors plus, je deviens paranoïaque

 

Alors je redescends de mon hamac

Et me sers un petit Armagnac

C’est au sud-ouest que je bivouaque

Ça ralentit mon rythme cardiaque.

 

Je balbutie puis, pars en vrac

Je perds mes mots, je fais des couacs

Je suis cuit, j’ai pris une claque

Décidément cette rime me rend patraque

Que faire d’une rime pareille ?

Elle grésille à l’oreille

Je dirais même qu’elle résonne

Comme la voix d’une petite vieille

Qui fume dès le réveil

 

Persuadé qu’il n’en fera pas des merveilles

Le poète, d’’un coup de pied, la balaye

Impossible qu’elle sonne

Nul besoin d’entendre ses conseils

Il la jette au fond de la corbeille

 

Pourtant : quand elle s‘éveille

Comme une jolie petite abeille

Doucement elle chantonne

Et dans son plus simple appareil

Butine tranquille au soleil

 

Une rime au goût de miel

Qu’on ne mettra pas en bouteille

Car jusque-là personne,

Me dit mon petit orteil

N’a pu dompter une rime en EIL

Inutile de lui conter fleurette

Ou de la vouloir en conquête

C’est peine perdue, la rime en ETTE

A vos avances restera muette

 

Et pour cause, elle rejette

Les loulous pas très nets

Les champions de la gonflette

Et ceux qui se la pètent.

 

Des rimes minables ou bêtes

Qui n’ont ni queue ni tête

En dessous de la braguette

Elle en a ras la casquette.

 

Un peu de subtilité ce serait si chouette

Écouter la prose d’un poète

Ou le chant d’une alouette…

Pour ça oui, elle est prête

Ya comme un hic

Pas de déclic
Mon stylo bic
N’aime pas les « ic »

 

Ni maléfique
Ni féerique
La rime en « ic »
N’a rien d’magique

 

Elle a des tics
Fait des mimiques
Mais tout ce cirque
N’est pas comique

 

Côté lyrique
J’tourne en bourrique

Et en musique
C’est chaotique

 

Des rimes en « ic »
Pas catholiques
j’en ai des briques
Mais c’est pas chic

 

Mon diagnostique
Est très critique
Un mal chronique
Voir psychiatrique

 

Alors j’abdique
En toute logique
Je ferme boutique
C’est là, le « hic »!

Une qui me laisse bien perplexe

Un peu comme un menu tex-mex

Aux couleurs et saveurs connexes

C’est bien la rime en EX

 

Passées les folles années où le cortex

Pouvait jouer en multiplex

Ou s’envoyer en l’air sur un solex

Nos trajectoires sont devenues convexes

 

La rime se perd dans le vortex

D’un mariage mis à l’index

Même vêtu de latex

Elle me repousse, je me vexe

 

On partage encore un duplex

Chacun à sa hauteur de texte

On retrouve nos vieux réflexes

Chacun astique seul son silex

 

C’est un divorce sans kleenex

Finies les phrases trop complexes

Et les paragraphes en annexe

J’écrirai bien mieux sans mon EX

Elle est si douce, comme de la crème

Une caresse, comme un poème

Ces deux longues jambes qu’elle promène

La rendent sexy, cette rime en M

 

Elle vous enlace, serre et même

Délicatement, elle vous emmène

Vous en oubliez tous vos problèmes

Un vrai plaisir, à en perdre haleine…

 

Mais les frontières sont bien en peine

Quand s’immisce la rime en N

Cette rime perfide qui sème

Confusion, douleur et haine

 

Ainsi donc par un fin stratagème

Elle nous pose ce dilemme :

Quoi qu’on en dise et quoi qu’on M

C’est sans surprise qu’on prend la N

 

Il suffit juste d’une petite graine

Un défaut dans l’ADN

Une jambe en moins à notre M

Et nous voilà tout blêmes !

Comme quoi, on ne récolte pas toujours

Que…ce que l’on aime 

J’vais pas mentir
Vous faire languir
Des vers en « IR »
Ya pas plus pire

 

Aucun désir

Rien qu’a les ouïr

Les verbes en « IR » ;
C’est le martyr

 

Aucun délire

A les sortir

Comme des menhirs

C’est lourd et tu transpires

 

Coté plaisir

Ça m’fait pas jouir

Même un vampire

Ferait moins fuir

 

Car pour tout dire :

Y’a trop de IR

Ch’ais pas choisir

Alors j’me tire !

Des rimes en OUL

Y’en a pas foule. C’est pas facile

D’en faire une pile

 

Aussitôt elle s’écroule

Se met en boule. Bien trop fragile

Et pas docile

 

Si tu la roules

Ou qu’tu la moules. Comme de l’argile

Devient fossile

 

Moi, elle me saoule

Même au Redbull. Je bats des cils

Ça m’rend stérile

 

Que je reste cool

Ou que j’me défoule. Tout son profil

Reste immobile

 

C’est moi qui coule

Même sans la houle. Je brasse des mille

Bien inutiles

 

La chair de poule

Et des ampoules. C’est tout ce quelle me file :

Des mots débiles

 

Alors j’roucoule

Un peu maboul. Avec la « ILE »

Ça fait un style !

Le premier réflexe quand on débute

Et qu’on se retrouve seul avec une UT

C’est un bon moment qui passe en 10 minutes

Et un peu de sous qu’elle nous ampute

 

Mais passer l’instant primaire de la culbute

Cette jolie petite rime tout azimute

Si on l’observe et qu’on la scrute

Elle a du rebond sous ses volutes

 

Gare aux vilains, aux tordus et aux brutes

Qui voudraient s’en emparer et qui se la disputent

De douce et délicieuse elle se transmute

En une créature teigneuse et hirsute

 

Ceux qui lui manquent de respect : elle les insulte

Ceux qui veulent la boxer se prennent un uppercut

Ceux qui tente de la brancher, elle les électrocute

Et ceux qui la condamnent, elle les exécute

 

Non, ce n’est pas facile d’être toujours en lutte

D’errer sans horizon et sans but

Car le vrai problème d’une rime en UT

C’est qu’on ne trouve jamais la chute.

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